Chapitre 1
Ynès se réveille soudain en sursaut. Elle est dans un lit de dentelles. La pièce est spacieuse et douce. La lumière du soleil entre dans la pièce et un parfum de mimosa envahit l’air. Est-elle en Paradis ?
Dehors un oiseau appelle furieusement ses congénères. Les voilages des fenêtres battent à chaque mouvement de l’air. Il n’y a aucun bruit de vie autour d’elle.
Ynès se soulève douloureusement. Elle a mal à la tête. Elle rejette les draps. Elle porte une chemise de nuit blanche en dentelle aussi immaculée que le dessus de lit. Elle se lève lentement. Sa tête se met à tourner, elle doit se rasseoir et attendre que le malaise s’estompe. Elle a mal partout. Elle réalise seulement maintenant. Si elle souffre c’est qu’elle est toujours vivante.
Cette évidence l’a fait sourire. Au moins se dit-elle, tu « renais » en disant une bêtise.
Ynès fait le tout de la pièce. Rien de ce qu’elle contient ne lui est familier. Où est-elle donc ?
Elle s’arrête devant une glace. Elle l’a fait également avant de sauter pour en finir de tout. Elle soulève sa chemise de nuit. Elle, qui n’en a jamais portée. Son corps est griffé et marqué de nombreuses ecchymoses. Sa cuisse droite porte entre jambes une longue plaie qui a été soignée par un médecin. On lui a posé des points. Retirant complètement le vêtement, son regard se porte sur ses seins. Un mamelon est tuméfié. Le téton ne porte plus son anneau. L’autre par contre l’a gardé.
Qui l’a recueillie et soignée ?
La réponse arrive de la porte de la chambre qui s’ouvre.
Un homme, vêtu d’un élégant costume écru entre en silence. Il porte un plateau chargé de nourriture. Ynès s’aperçoit alors qu’elle a faim.
- Bonjour mademoiselle ! J’ai pensé que vous voudriez vous restaurer.
Ynès ne répond pas. Elle observe l’homme qu’elle a en face d’elle. C’est un homme distingué. Il n’a pas plus de 40 ans. Le teint hâlé, ni sportif ni ventripotent. Il semble heureux de vivre. Son visage glabre raconte une vie pleine et aventureuse. Ses yeux pétillent de vie. Ynès est prise d’un trouble en le voyant ainsi devant elle, presque timide et emprunté. Malgré cet air, il sourit.
Au regard amusé de son hôte, elle réalise qu’elle est nue. Elle fait un mouvement vers le lit où elle a posé sa chemise de nuit.
L’homme l’arrête d’un geste doux.
- Non, s’il vous plaît ! Vous êtes si belle ! Laissez-moi vous admirer. Je vois votre trouble. Sachez que le mien est aussi grand. Et puis, si je peux me permettre cette remarque déplacée, je vous ai soignée. Je connais votre corps millimètre par millimètre. J’ai passé tant d’heures à panser votre corps meurtri. Depuis votre accident, je vous ai veillée nuit et jour.
Ynès abandonne son idée de se couvrir et se contente se s’asseoir sur le bord du lit. Manifestement, sa nudité l’enchante et le fait réagir. Réagir comme un homme sait le faire.
- Merci, fait-il simplement. Il pose le plateau sur le lit à côté de la jeune femme et s’assoit dans un fauteuil un peu plus loin.
- Si vous le permettez, j’aimerais vous voir vous restaurer. Cela me fait très plaisir après le souci que j’ai eu. Pendant que vous reprendrez des forces, je pourrais vous donner quelques explications sur votre présence en ma maison.
Ynès ne parle toujours pas. Elle a réussi à faire disparaître son trouble en s’asseyant et en croisant ses jambes. A cette occasion, elle ressent un tiraillement dans sa cuisse droite. Elle regarde le plateau et se dit qu’elle n’a rien de mieux à proposer pour l’heure. L’homme assis en face d’elle la trouble. Elle est impatiente d’avoir des réponses à ses multiples questions. Écouter les explications de l’homme permettra de mieux le connaître.
L’homme rectifie son assise sur le fauteuil, se racle la gorge d’un geste discret et entame une histoire qu’Ynès meurt d’envie d’entendre.
- Je m’appelle Séverin Oboe. J’ai 42 ans et je vis seul dans cette grande maison. J’ai une fortune personnelle assez confortable. Cela me permet de vivre dans l’oisiveté et un certain confort. Une gouvernante et un jardinier s’occupent d’entretenir ma propriété. Il y a une semaine, je me promenais sur la corniche des Bougainvillées quand je vous ai vu chuter dans l’eau glacée. J’ai tout de suite enjambé le parapet pour vous porter secours. Vous êtes ...
Séverin s’arrête une seconde et semble hésiter à poursuivre.
… Dois-je employer le féminin ou le m....???
- Le féminin, merci, dit sèchement Ynès.
- Je vous en prie. Je disais que vous êtes UNE miraculée. Des personnes présentes sur les lieux au moment de votre « atterrissage » m’ont affirmé qu’une lame de houle plus forte que les autres avait par chance amortie votre arrivée brutale sur les rochers. Vous étiez évanouie et en sang. Étant médecin, oui, j’ai exercé pendant 10 ans à l’hôpital de la ville en tant que chirurgien, je vous ai embarqué dans ma voiture et vous ai amenée ici. Ma gouvernante vous a installée mais je vous ai soignée seul et sans témoin. Cela vous rassure sans doute ?
Ynès hoche la tête. Elle a la bouche pleine. Plus elle mange plus elle a fin. Ainsi elle a survécu à son suicide. Ce monsieur Oboe parle de chute accidentelle. Fait-il semblant d’y croire ou ...?
-Je dois vous avouer tout de suite que ma promenade n’avait rien de hasardeux. Je me suis promené chaque soir devant votre balcon depuis qu’au petit matin de la Saint-Sylvestre, sortant un peu éméché de chez des amis, je vous ai aperçue seule sur votre balcon. Vous ne portiez aucun vêtement et votre silhouette se détachait en ombres chinoises. Vos seins, excusez-moi de ce détail cru, allumèrent en moi un désir aussi important que celui dont j’ai eu beaucoup de mal à vous cacher tout à l’heure. Vous aviez l’air triste et calme. Depuis chaque jour, quelque soit l’heure, je suis passé et repassé devant chez vous. Chaque fois avec l’espoir de vous apercevoir. Il y a trois semaines, mon trouble et mon désir ont pris une ascension vertigineuse. Vous sortiez de chez vous au moment où je garais ma voiture. Vous vous êtes dirigée vers le Cap de feu. Superbe endroit. Je suis presque honteux de vous avouer que je vous ai suivi. Vous avez marché longtemps puis vous vous êtes assise sur un petit promontoire rocheux. Vous avez ouvert votre manteau et vous vous êtes allongée. J’étais caché derrière un buisson épineux. Quel spectacle ! Votre corps était nu, vos seins, ceux pour qui je poursuivais une quête insensée, étaient là offerts à mon regard. Puis mes yeux ont glissé sur le reste de votre corps et votre beauté troublante m’est apparue dans toute sa plénitude. Je ...
- Qu’en pensez-vous ?
La question d’Ynès était tombée sèche et coupante. Jamais elle ne s’était aperçue qu’elle était suivie. Jamais elle n’avait sentie qu’un homme l’observait, la traquait en secret. Elle se dit qu’elle n’aurait pas tentée un geste aussi désespérée si elle avait sue. Jamais, elle pouvait bien se l’avouer, elle n’avait eu l’impression de provoquer autant d’émois chez un homme même si elle avait connu bien des hommes.
- Je ... C’est .... J’aime.
La réponse embarrassée emplie Ynès de joie. « J’aime » : quelle jolie expression ! Cet homme Séverin aimait son corps. Ynès avait perdu tout espoir d’entendre un jour prononcer ces mots pour elle. Tout de suite la suspicion repris le dessus. Elle avait tellement vu de choses ces dernières années qu’elle ne voulait plus croire au miracle trop vite.
- Aimez-vous mon corps pour ce qu’il peut évoquer de trouble sexuellement ou aimez-vous ce que je suis tout simplement ? Comprenez-vous ma question ?
- Vos charmes particuliers me troublent. J’espère que votre regard ne se portera pas trop bas sur ma personne car je serais très honteux d’être aussi inconvenant. Vous êtes une femme - j’insiste sur ce mot sans arrière pensée - une femme charmante, belle pour laquelle mon cœur a chaviré à la seconde où je vous ai vue. La silhouette sur le balcon a bouleversé ma vie et je m’en réjouis. Je bénis le ciel d’avoir été si indiscret et sournois durant ces longues semaines car j’ai pu vous porter secours quand vous en aviez besoin et vous êtes maintenant devant moi.
- Puisque je ne suis pas une femme ordinaire, vous devez bien pensé que j’ai un passé particulier. ...
- Oui, depuis que vous êtes chez moi, j’ai passé de longues heures à vous regarder. Bien sûr, j’aimerais connaître votre histoire. Mais je ne me reconnais pas le droit de vous le demander. Trop heureux de pouvoir vous exprimer mon émoi, je considérerais comme une immense joie de pouvoir au moins vous offrir mon hospitalité devant votre convalescence. Ensuite, vous pourrez reprendre le cours de votre vie. Je resterai avec le souvenir des jours passés à vos côtés.
Ynès est troublée. Elle n’a pas l’habitude d’être ainsi considérée. Cet homme plein de charme, visiblement amoureux de sa « féminité » semble sincère. Il représente tout ce qu’elle a cherché en vain durant des années. Il a parlé d’accident - miracle. Le miracle semble plutôt être lui-même.
Ynès a fini de déjeuner. Séverin se lève et attrape le plateau. Il quitte la pièce sans dire une parole de plus. La gouvernante apparait à son tour. C’est une personne d’un âge certain. Rondouillarde, assez petite, elle fait tout vite en respirant bruyamment. Elle ne prononce pas un mot. Son regard ne croise jamais celui d’Ynès. Elle ne jette jamais un seul regard sur la nudité de l’étrangère. Elle refait le lit, change l’eau du vase de fleurs sur le petit guéridon au coin de la fenêtre et sort.
Ynès n’a pas envie de se recoucher. Elle veut en savoir plus, connaître cette maison si accueillante pour une femme comme elle. N’ayant aucun vêtement, elle écarte le rideau et sort sur la terrasse. Un parc immense s’étale devant elle. Une prairie gazonnée et fleurie parfois entrecoupée de bosquets d’essences différentes et au fond une pièce d’eau. Ynès se tourne vers la maison. Elle est grande. Une vieille maison parfaitement entretenue et restaurée. Deux étages s’élevent au-dessus d’elle. Les murs de briques rouge donnent un aspect riant à ce parterre de verdure : un saphir dans son écrin.
- C’est beau, n’est-ce pas ?
Ynès se tourne vivement. Ce geste provoque un étourdissement. Séverin se précipite et recueille Ynès dans ses bras. Son visage est tout proche de celui d’Ynès. Nul ne bouge, nul n’ose briser cet instant fragile ou chacun y puise un grand bonheur solitaire.
Séverin rompt enfin ce tête à tête. Il soulève Ynès et la repose sur le lit.
Ynès se laisse faire. Séverin se dirige vers le cabinet de toilette de la chambre et revient avec un gant humide et frais. Il le pose sur le front de la jeune femme. Son regard tendre questionne du regard Ynès : comment va-t-elle, semblent dire ses yeux ? Ynès est si bouleversée de ce regard qu’elle saisit les mains de Séverin. L’homme ne fait aucun geste en recul. Ynès a un besoin viscérale de savoir.
Elle soulève légèrement la tête, lèvres en avant. Séverin se rapproche et bientôt ils se touchent. Leurs lèvres se cherchent et un long baiser chaste s’en suit. Bientôt, enhardis, ils ouvrent leur bouche et Ynès sent la langue de Séverin partir à la conquête de la sienne. Le baiser dure longtemps. Comme à regret, Séverin, à bout de souffle se relève. Ynès le rattrape et emporte leurs bouches dans un nouveau délire. Mais ses mains qui tenaient toujours celles de Séverin descendent vers son ventre. Elle veut savoir : c’est vital.
Elle guide la main de Séverin vers son sexe. Ce qu’il a appelé sa « beauté troublante ». Spontanément Séverin prend à pleines mains la verge si incongrue. La verge d’Ynès est en érection malgré sa petite taille. Séverin la caresse. Il interrompt son baiser et tout en tenant fermement la verge, regarde Ynès.
- Je vous aime comme vous êtes. Avec votre corps de femme ou vos restes d’homme. Je vous aime et vous êtes celle que j’attendais depuis si longtemps. N’ayez aucune crainte. J’ai eu le temps de réfléchir durant ces 6 derniers jours. Je me suis posé 100 fois, 1000 fois la même question : Peut-on aimer d’Amour une transsexuelle ? Ma réponse est Oui - Oui - Oui et encore, et toujours OUI.
Séverin reprend les lèvres d’Ynès et l’embrasse encore plus fougueusement. Puis, il descend son visage vers ce sexe masculin et le retroussant, il l’introduit entre ses lèvres. Le premier geste d’amour physique de Séverin est pour cette minuscule verge qu’il pompe jusqu’à explosion. Il laisse s’échapper le sperme vers le ciel qui retombe sur le ventre d’Ynès.
- Recueille-le dans tes doigts et donne le moi, dit Ynès en le tutoyant pour le remercier de cette caresse intime. J’ai pour habitude de ne jamais rien souiller avec ce jus infâme.
Séverin, obéissant à la demande de la jeune femme, lui dépose le sperme sur les lèvres. Ynès avale le liquide avec un grand plaisir.
- J’aimerais davantage que ce soit le mien, dit Séverin.
- Oui ! J’aimerais beaucoup. Merci de ce que tu fais pour moi. A mon tour de faire quelque chose pour toi.
Ynès déboutonne lentement le pantalon de son amant. Elle le fait glisser puis descend le slip. Le sexe apparait dans toute sa splendeur. Il est droit et épais. Il tressaute doucement. Séverin bande très honorablement
Ynès le prend dans sa bouche et lui offre toute la douceur et toute la chaleur de son corps. Le désir monte. Le sexe de Séverin semble doubler de volume tant l’excitation est grande. Bientôt les spasmes de la jouissance explosent dans la bouche toute ouverte et offerte. La langue s’englue dans le liquide chaud et épais. Ynès manque d’étouffer par tant de plaisir jaillissant. Elle garde religieusement le sperme sous sa langue pour mieux le goûter. Puis elle quitte l’entre jambe de Séverin et face à lui avale.
Séverin reprend violemment sa bouche. Ynès a un moment d’hésitation. « Ses hommes » n’aimaient pas l’embrasser quand elle avait la bouche pleine de leur foutre. Leurs langues jouent ensemble sans fin.
- Je n’ai pas l’habitude d’avaler mon sperme, dit Séverin en s’excusant.
- Je ne veux pas t’obliger à faire quelque chose qui te déplaise.
Ils s’embrassent à nouveau. Puis Séverin ôte tous ses vêtements et se couche à côté d’elle.
- Il faut faire attention pour l’amour. Tu as des blessures qui ne sont pas encore cicatrisées. J’espère que tu n’es pas déçue ?
- C’est toi mon médecin. Je serai une malade obéissante au-delà de tout ! Nous ferons l’amour quand tu le voudras. Ma bouche, elle, est en forme. Elle nous aidera à attendre.
- La mienne aussi.
La nuit tombe doucement. Un vent léger mais froid agite les rideaux. Séverin se lève pour fermer la fenêtre. Ynès peut admirer le corps de son amant. C’est un bel homme, très bien doté par la nature. Elle tend les bras et Séverin revint s’y blottir.
Maintenant, elle sait !
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